Viens Qu’on Parle du pays…… #StopBokoHaram

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MD : Passe-moi mon verre un peu. Mais j’aime bien came ici les vendredis hein ? Tu vois les gars boire tranquillement leur bière… Tu ne peux même pas imaginer que le pays est en guerre.
 
TT : Tu sais s’il y a une chose que tu n’ôteras jamais à un Kmer c’est son Friday Chill autour d’un pot avec ses potes malgré tous ses problèmes !
 
MD : Clair… ça a au moins l’avantage de nous faire oublier nos petites guéguerres de tribu à la noix… Enfin…
 
TT : Ah tu sais comme je l’ai tellement lu dans les brochures touristiques, le Cameroun est une mosaïque humaine dont la richesse linguistique et culturelle n’est plus à démontrer. (Sourire) Ne me regarde pas comme ça, j’ai conscience que tout cela n’est  qu’un joli assortiment de mots qui au fond cache ce vice de la stigmatisation dès que survient un problème. Sonnez les trompettes pour l’Award de l’Hypocrisie #237, roulement de tambours…..
 
MD : Et c’est partie pour une séance de « je suis camerounais et je critique les camerounais » !
TT : Attends je ne juge personne, car à une certaine époque j’appartenais à cette race extrémiste d’individus qui blâmait chacun pour ses actes à cause de son appartenance ethnique, religieuse ou encore géographique. Étonnant pas vrai ?! Mais une petite précision, ça, c’était avant. Mouais j’ai compris que j’étais à côté de la plaque car mes arguments reposaient pour la plupart sur l’héritage des mentalités parentales, les préjugés sociaux, les déceptions et regrets dans les relations humaines, pour faire court sur la PEUR. Je rigole tellement quand j’entends les gens dire pour jouer les gros durs : « Même pas peur ! »… Pourtant dans beaucoup de nos actions au quotidien transpire cette émotion. En fait faudrait déjà qu’on comprenne c’est quoi la peur ? C’est une énergie qui enferme, entasse et blesse. La peur se cramponne à tout ce qui nous fait mal ou représente une zone d’inconnu, de non-confort et d’insécurité. La peur attaque et laisse de la rancœur. Ajoutez  à cela de l’ignorance on obtient le cocktail Molotov garanti. 
 
MD : au fait même, on parlait de quoi ?
 
TT : Bon je m’égare pour en revenir à l’actualité pressante de Boko Haram, je me rends soudain compte de la nécessité de faire taire certains préjugés et amalgames qui éloignent un bon nombre du réel problème. Dans l’aspect géographique déjà, le Nord n’est pas la partie musulmane du Cameroun, réciprocité vraie pour le Sud qui n’est pas qu’une zone chrétienne. Le Cameroun est un état laïc, ce qui lui confère le fait d’avoir diverses communautés religieuses réparties sur le triangle national. Donc l’attaque terroriste que subit le pays n’est en aucun cas le problème spécifique des populations musulmanes du Nord. C’est un peu gros d’essayer même de le dépeindre ainsi, car on risque de se faire engloutir dans la même spirale que celle de la RCA : conflit Musulman -Chrétien. C’est le problème de toutes les populations de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, notre patrie saigne, c’est une cause Nationale.
 
MD : Merci là-bas, svp c’est pas parce que Kolofata c’est loin d’ici qu’on est plus au Cameroun quoi !
TT : Et puis même d’abord, qui a dit que c’était une cause religieuse ? Des sociopathes non déclarés >>Parce qu’en fait s’ils l’étaient, ils ne seraient certainement pas en liberté -_- << se lèvent et décident de s’en prendre à des populations au nom d’une cause divine. Non mais sérieux c’est de la foutaise leur truc, et le plus con, ça s’émoustille dans une vidéo de plus d’une dizaine de minutes. Non mais allo c’est quoi leur délire ? Même pas charismatique je te dis, on dirait un dingue tellement il a l’air pas bien. Qu’on arrête l’amalgame, aucune religion à ma connaissance ne prône le meurtre ou la violence gratuite ; et surtout pas envers des populations sans défense. Moi je dis les guerres trouvent leur essence dans les intérêts de pouvoir, conquête et soumission des Hommes. Et ce n’est certainement pas à la mention de l’Islam qu’on doit associer les musulmans à ces actes terroristes.
 
 Quand sur des réseaux sociaux ou dans mon entourage, l’on me relate la stigmatisation dont sont victimes certains frères musulmans à cause de Boko Haram je m’offusque. A quel moment le bon sens a-t-il foutu le camp? Ouvrons les yeux bon sang, c’est une tactique mesquine de diversion pour que nous perdions de vue les véritables ennemis de la nation et sombrons peu à peu dans un climat de haine, paranoïa et surtout de division. La peur et l’ignorance des états d’esprit dangereux en temps de guerre je te le dis. Boko Haram, voilà le véritable terroriste !
 
 Un autre truc énorme, les Camerounais et leurs sempiternelles rancœurs.  Tu ne vois pas de quoi je parle ? Tu te rappelles les émeutes de février 2008 qui avaient sombré dans un affrontement entre les forces de l’ordre et les populations ? Ben tiens-toi tranquille, beaucoup l’ont encore en travers de la gorge. Okay, ça n’a pas toujours été le Ndolo* mais franchement, est-ce le moment de remettre ça sur le tapis et se désolidariser de notre armée ? Au-delà de la tenue militaire, ceux sont des Hommes ayant des familles qui risquent leurs vies au nom de notre liberté. D’autres ont même déjà versé leur sang sur la terre de nos ancêtres pour que la paix revienne. Alors je trouve malsain de ramener de vieilles rancœurs du passé en ce moment crucial où l’unité doit prôner entre le peuple camerounais et son armée.
 Mais bon, ce que j’adore avec mon cher Cameroun, c’est qu’on ne perd jamais longtemps le nord ( -sourire- je te promets je n’ai pas calculé l’effet ma copine). Nous sommes des Patriotes dans l’âme, nous aimons trop notre liberté pour la laisser être prise en otage par des gens comme Boko Haram. A mon avis les préjugés et les rancœurs nous devons les abandonner et faire bloc contre ces terroristes. Que chacun à sa façon manifeste son soutien à cette cause nationale : peu importe son ethnie, son obédience religieuse, mais surtout peu importe sa géolocalisation… Parce que notre Vert/Rouge/Jaune et « Ô Cameroun berceau de nos ancêtres » valent la peine d’être défendus. Et comme l’a dit un ami « Être humain c’est finalement beau » notre capacité à aller au-delà de nos limites et nos peurs pour révéler le divin en nous. Parce que le pire serait qu’on répète le scénario centrafricain !
MD : Tu me fais repenser à cette discussion que j’ai eue l’année dernière avec un ami, à l’époque où la RCA était en voie de rémission et que tout le monde avait l’esprit un peu occupé par la psychose d’Ebola. Il m’a demandé « Imagine si en plus de tout ce qui se trame on se retrouve à nager dans une guerre civile que personne n’avait prévu? » Très sûre de moi, je lui ai répondu que les chances sont faibles que ça se produise ici, le Cameroun est un mélange de quelques 200 ethnies différentes avec des cultures et des problèmes différents, qui va se dresser contre qui et pourquoi? Ça prendrait trop de temps. Pour être franche avec toi, je me sens très bête d’avoir affirmé ça. Parce qu’il y a ce truc que je n’avais pas calculé dans ma lecture de la situation: la haine. Instrumentaliser la haine latente dans les cœurs des camerounais et la retourner contre nous-mêmes serait très facile à présent.
 
 
TT : Bah tu sais, on a plus d’une centaine d’ethnies ça fait tellement accrocheur de parler de mosaïque qu’est-ce que tu crois…
 
MD : On nous parle de mosaïque riche de culture et d’héritage de machin? C’est là que je dis foutaises ! Quel est notre rapport à l’autre, honnêtement? On vit dans un pays où des gens se côtoient et ne s’intéressent véritablement à l’autre que pour ce qu’il peut nous apporter. Combien de fois tu as entendu « Tu n’as pas un dernier pote musulman là? » à quelques jours du Ramadan ou de la Fête du Mouton? En dehors du férié et du remplissage de panse qu’il nous offre, à quel moment s’est-on intéressé à cet « autre » là? Que sait-on de lui? De sa culture, de ses idéaux, de ses habitudes? Mais essaye de distraire deux minutes mon frère camerounais des avantages qu’il peut obtenir de cet autre qu’il appréhende comme un étranger dans son propre pays et tu verras ce qu’il en pense. Les Douala ont vendu le Cameroun aux blancs, les Bamiléké sont avares et tribalistes, les Bamoun nous gâtent l’industrie du taxi, les « nordistes » nous ont apporté Boko Haram.
 
Voilà comment on se voit, tous unis sous un même drapeau, à cracher allègrement sur le sang que nos ancêtres ont versé dans l’unité. Et ça va te parler de tolérance, sur le même ton hautain qu’un white qui déclare sans honte accoudé sur son balcon « Mais je ne suis pas raciste ! J’ai des amis noirs… » Tolérance sur la base de quoi, en fait? Qu’est-ce qui nous donne la permission de penser que l’autre est là pour qu’on le tolère? Ce pays nous appartient à tous, sans distinction de sexe, de teint ou de culture, personne n’est prioritaire, on gère le paludisme et les défaites des Lions ensemble. Camerounais, camerounaise, toi qui aujourd’hui angoisse devant le JT de 20 heures et qui demain regardera cet autre camerounais en Gandoura d’un mauvais œil, laisse-moi te dire que tu as peur de lui parce que tu ne l’as jamais connu. Tu as toujours vécu avec lui, il t’a ouvert ses bras et t’a offert un repas, tu as fini de manger et tu es reparti comme tu es venu, avec tes préjugés et des opinions qui au fond ne viennent pas de toi. Aujourd’hui un étranger te dira que ton frère a apporté la guerre chez toi et tu le croiras, parce que chaque jour tu te lèves dans la même maison que lui, entre dans les mêmes pièces, mais jamais, jamais tu ne t’adresses à lui. On te dit qu’ailleurs des gens vêtus comme lui sèment la terreur, tu te retournes vers lui et le traite de terroriste. Ton propre frère. La haine s’apprend, camerounais. La haine n’a pas besoin de beaucoup de choses pour faire souffrir, la haine se sert de notre ignorance et la transforme en peur, la haine vient combler le vide que l’égocentrisme a creusé entre nous. Et pendant qu’on pleurniche du temps d’Ahidjo et qu’on se pointe tous du doigt, des héros meurent dans l’anonymat pour défendre une paix dont on se vante sans jamais la cultiver.
 
TT : Je crois que c’est l’aspect le plus triste de cette histoire, nous semblons oublier qu’au-delà de leur devoir envers la Nation ce sont des Hommes qui se sacrifient…
 
 MD : Si demain ce conflit s’étend jusqu’à nos capitales sans routes, crois-tu que nos soldats choisiront dans cette belle mosaïque l’ethnie qu’ils doivent protéger? On a tous peur, mais de grâce, ne nous trompons pas de colère. On était tous tranquilles ici et des fous commandés par un fou sont venus bruler nos villages, égorger nos frères, exploiter nos fragilités pour servir un but qu’eux-mêmes ne comprennent pas. L’ennemi c’est eux. L’ennemi ne s’appelle pas Islam ou Grand Nord, l’ennemi s’appelle Boko Haram. Nous sommes une patrie, tous différents mais encore vivants, grâce à des soldats qui sont engagés à défendre notre liberté. Soyons jaloux de cette liberté, faisons un devant ces envahisseurs, qu’ils repartent d’où ils viennent et nous laissent notre terre chérie. Si leur plus grande arme c’est la terreur, que notre riposte soit l’amour et l’unité. Comme une famille qui forme un bloc et chasse un élément perturbateur.
 
 
By Tootoone & Messy Dawn Suivez la campagne du Collectif des Blogueurs du Cameroun sur les réseaux sociaux via le hashtag #StopBokoHaram. N’hésitez pas à partager massivement nos billets.

 

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