Less classically Beautiful

Cette expression controversée « less classically beautiful » entendez : BEAUTE NON STANDARD ou CLASSIQUE de la journaliste Alessandra Stanley du New York Times, a été le qualificatif utilisé pour Viola Davis dans l’un de ses articles et j’avoue que ce ne sont pas les réactions houleuses et quasi offusquées des femmes noires qui m’ont marquée, mais indéniablement la réaction de la concernée. Au lieu de choisir la position de victime, elle s’est affirmée comme une héroïne en répondant avec un passage du poème Still I rise de Maya Angelou : « You may shoot me with your words, you may cut me with your eyes, you may kill me with your hatefulness. But still like air, I’ll rise »

viola davis red carpet

Viola Davis

Face à tous ces stéréotypes de beauté imposés par la société, je suis partagée entre un sentiment de cynisme, sarcasme mais surtout un besoin criard d’authenticité. Pour illustrer ma pensée, je citerais Viola Davis dans une interview accordée au magazine Essence en 2013 :

« My image of myself [as a youth] was in the mouths of young White kids calling me ugly and then going home to a mother who did not fully embrace her own beauty. » –>

L’image que je me faisais de moi-même (en tant que jeune) était vécue dans la bouche d’enfants blancs qui me traitaient de moche, et ensuite je rentrais à la maison où je retrouvais une mère, qui elle-même n’appréciait pas sa propre beauté.

« I had to defend myself as an artist, but I found myself defending myself as a dark-skinned black woman in front of people who did not know my life” –>

Je devais me défendre en tant qu’artiste, mais je me suis trouvée à me défendre en tant que femme noire à la peau sombre face à des gens qui ne connaissent pas ma vie.

Ces mots sont plein de sens car le conditionnement et les stéréotypes sociaux concernant la beauté dans tous ses aspects en devient tel que l’apparence semble définir qui nous sommes. D’où ma conviction, l’authenticité n’a pas besoin de propagande car elle s’exprime par l’épanouissement de soi-même.

Revenons donc au Cameroun, ma chère patrie où le fanatisme et les préjugés sont greffés à l’évolution de ces stéréotypes de beauté. Dans son article « I will Bleach Your Black» au style hargneux et hyperCut , messydawn a transposé le sarcasme et l’hypocrisie que m’inspirent tous les pro-défenseurs du concept « Black skin is beautiful ». Car bien évidemment après la peau, vient « à pas de loup » le fanatisme du cheveu crépu au naturel, avec si je puis me permettre une revendication identitaire du « Black and Proud ». Suis-je donc la seule que cela horripile ? En quoi avoir une carnation foncée et avoir le cheveu crépu naturel rend-il une femme plus africaine que sa congénère ?

Même si cet article n’est pas dédié à Viola Davis, je me permets de la citer de nouveau : « There’s not one woman in America who does not care about her hair. But we give it way too much value. We deprive ourselves of things, we use it to destroy each other, we’ll look at a child and judge a mother and her sense of motherhood by the way the child’s hair looks. I am not going to traumatize my child about her hair. I want her to love her hair »

–> Il n’y a pas une femme en Amérique qui ne se soucie pas de ses cheveux. Nous leur accordons beaucoup d’importance. Nous nous privons de choses pour eux, nous les utilisons pour se détruire les uns les autres, nous allons voir un enfant et juger une mère et son sens de la maternité à cause de l’aspect des cheveux de son enfant. Je ne traumatiserai pas mon enfant avec ses cheveux. Je veux qu’elle les aime.

Cette analyse ne reflète pas seulement le contexte américain, mais également ce qui se passe chez nous, entre la société de consommation dans laquelle nous vivons et la facilité à juger tellement présente ; nous ne nous rendons même pas compte que nous contribuons à l’encrage de ces stéréotypes. Ma propre expérience en tant que défrisée durant ma transition relève du délire. Voici les remarques auxquelles j’ai eu droit :

« Si tu te coupes les cheveux et en plus sans les défriser, tu auras l’air bizarre ! »,

« Quoi ?! Pourquoi veux-tu couper tes cheveux lisses et longs, le crépu c’est difficile à entretenir hein ! » dixit ma coiffeuse.

« Ah l’effet de mode ça te passera, mais sache que l’afro ne va pas à tout le monde »

« Une femme ça a de longs cheveux et lisses, tu n’imagines pas le plaisir d’un mec à caresser les cheveux de sa copines. Ton truc d’afro là pardon de laisser c’est trop bizarre et tellement pas TOI » dixit un ami très récalcitrant à mon passage au naturel, mais dont la copine et la sœur finissent par retourner à l’afro à cause de moi (rire cynique).

Je pourrais écrire un recueil des remarques que j’ai reçues, sachant à la base que ce n’était qu’une simple allusion au retour au naturel (car je n’avais aucun problème avec le défrisage ou mes cheveux en général de ce côté-là la nature m’a plutôt bénie). Bref par défi et surtout mon côté marginal ont eu raison de ce choix. Ma profonde certitude étant que l’existence humaine est un renouvellement, une redécouverte quotidienne de soi en harmonie bien sûr avec notre personnalité. Raison pour laquelle je ne m’identifie pas au concept Nappy, mais plutôt Naturelle ! Car au-delà du cheveu, j’ai opté pour une ode au bien-être via le naturel. Cela passe par des pratiques de vie plus saines à un booste de l’estime de soi face au regard des autres devant mes choix.

Au lieu de juger, essayons de comprendre les motivations du décapage, du défrisage, l’acharnement à des régimes drastiques pour appartenir à la taille zéro parce que nos rondeurs sont considérées comme hors normes et toutes les autres pratiques auxquelles recourent les femmes… Et peut être l’on réalisera que le regard d’autrui, l’acceptation et les standards sociaux, le manque d’estime de soi contribuent parfois à ces choix, et que le fait de pointer d’un doigt criminel n’est certainement la solution. J’en appelle donc aux femmes qui s’assument, se considèrent comme authentiques à inspirer leur entourage féminin. Qu’elles insufflent en elles l’amour de soi, des valeurs qui vont au-delà du reflet d’un miroir, car au final nous devons nous aimer avant d’espérer que les autres nous le rende. Transcendons le mythe de la Reine maléfique et son miroir dans Blanche Neige qui veut qu’au lieu d’aimer son reflet on entend cette petite voix pernicieuse qui murmure : une telle est mille fois plus belle que toi. Mon souhait le plus cher est que nous apprenions à valoriser notre beauté intérieure car elle seule est notre véritable Diamant brut. Alors femmes, n’ayez pas honte, assumez-vous, faites de vos imperfections votre marque de fabrique. Démaquillez-vous, libérez-vous de vos vêtements, observer ce corps et aimez le. Tout ce qui le recouvre, ne doit être que des accessoires pour sublimer ce que la nature vous a offert. J’en appelle aussi aux hommes, même si une femme est d’abord belle pour elle, elles le vivent encore plus dans votre regard. Osez-leur dire que ce sont leurs différences qui les rendent uniques, authentiques, n’essayez pas de les transformer en vos fantasmes, posez sur elles au quotidien le même regard qu’à votre première rencontre. Magnifiez-les ! Et pour ça je fais un clin d’œil à la gente masculine qui gravitent dans ma bulle, qui par leurs gestes, leurs paroles donnent aux femmes de leur existence des places de Reines….

Je vous laisse sur cette citation de Jacques Salomé dans Lettre à l’intime de soi :

« … Je renonce donc à une relation, à des relations, à des modes de vie dans lesquels je ne me retrouve pas, pour lesquels je ne sens pas en moi un mouvement vers le meilleur, un abandon, une ouverture qui m’agrandit et me prolonge.
Je renonce à la prise en charge des peurs et des désirs de l’autre sur moi.
Je tente de me responsabiliser dans mes émotions, mes sentiments, pour passer, chaque fois que j’en prends conscience du réactionnel au relationnel.
Je choisis aussi d’entendre comment l’autre se définit devant moi, avec ce qu’il est aujourd’hui.
Je choisis de me définir devant lui, en parlant de moi… en ne le laissant plus parler de moi.
Je choisis de garder le meilleur d’une relation, de l’inscrire en moi au-delà des regrets et des manques…. »

Tootoone

Publicités

5 réflexions sur “Less classically Beautiful

  1. sergueichatel dit :

    Venez nous rejoindre sur Black Beauty Blog sur Facebook!
    C’est le blog de maquilleurs et maquilleuses, modeuses, musiciens, modèles, a priori black, métisses de toutes les origines, pour parler beauté, partager les infos, bon plans, vidéos etc:-)
    J’invite peu a peu le monde intéressant, qui a des choses a raconter et a partager

    XO

    https://www.facebook.com/groups/373259879824/

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s